Day 12 – En route pour Mumbai

11 juillet 2015

** ALEXANDRA **

C’est avec le cœur serré que nous quittons Udaipur la Blanche qui, on peut le dire, est un pur écrin de sérénité et de majesté. Il est 4 heures du matin en Inde ce samedi 11 juillet et nous sommes debout, frais et dispos, valises bouclées, check out en passe de l’être. Nous avons rendez-vous à 5 heures tapantes avec notre cher Ravi, en photo aujourd’hui pour la première fois de l’aventure. Si, comme je le craignais à un moment, il s’était avisé de nous mettre en petits bouts dans une grande valise, je pense que Paul aurait eu vite fait de lui mettre une grosse claque dans sa tronche… photo à l’appui 😉 Les au revoir sont brefs, à l’indienne, tout en pudeur et discrétion.

Le vol se passe bien, hormis le fait que Paul pourrait gratter les oreilles du mec du siège de devant avec ses genoux mais bon… il ne se plaint pas (comme d’hab’) et je m’énerve pour deux (comme d’hab’).

L’arrivée à Mumbai a lieu sous une petite bruine de mousson, tout en humidité chaude et en crasse du sol bien soulevée à l’occasion. Notre nouveau chauffeur Michael nous annonce une visite de deux heures des slums (bidonvilles), à pieds. Et là, c’est le drame ; je me vois dans un mètre de boue, dans des ruelles exigües jonchées de plastique et prêtes à m’engloutir toute crue. Sans parler des petits enfants magnifiques culs nus dans de l’eau plus que douteuse ; ça me tord le cœur depuis le début du voyage et ce matin, c’est l’overdose. Le levé très tôt et un rejet direct de la ville durant la demi-heure de voiture entre l’aéroport et les slums finissent le boulot et j’éclate en sanglots… la fille quoi. Paul pense aussi que deux heures de visite, c’est trop (aaaallleellluiiiia), surtout sous la flotte, et crevés… On rejoint donc le guide, 100% mec des slums, et Paul expose la situation : « ma femme est chiante et à moitié italienne ; elle ne viendra pas avec moi voir le vrai Mumbai. » Bon, en fait j’exagère of course… Il a expliqué au guide que j’étais fatiguée et pas du tout équipée pour aller me trimbaler dans les bidonvilles détrempés. Le guide acquiesce et ils conviennent d’une visite accélérée d’une vingtaine de minutes. Paul revient enchanté mais plein de boue et me lance un sincère et compatissant « t’as bien fait de ne pas venir ». Ses photos sont sublimes et ce qu’il me dit des gens qu’il vient de rencontrer me bouleverse.

La découverte de notre hôtel sur le front de la mer d’Arabie tranche avec ce qu’on vient de voir (toujours l’Inde et ses extrêmes). Le lieu est à couper le souffle et la vue depuis notre chambre au 26ème étage est OUUUUUAHOU.

L’après-midi est chargée. On se promène dans le quartier très colonial de l’université, on rentre dans la gare (grandiose), puis détour par le Dhobi Ghat, la plus grande laverie à ciel ouvert d’Inde, datant de 140 ans. Les blanchisseurs, ou Dhobis wallah, le sont de père en fils. Les 1000 lavoirs regorgent de linge des hôtels et des hôpitaux en grande majorité, mais aussi de vêtements de particuliers. C’est impressionnant et du jamais vu pour moi. Les cordes à linge sont classées par couleur et on a l’impression d’être devant un nuancier géant. On enchaîne avec le Mani Bhawan Gandhi Museum, où Gandhi séjourna de 1917 à 1934. Puis visite du Chhatrapati Shivaji Maharaj Vastu Sangrahalaya (« À tes souhaits » – musée d’histoire de Mumbai) croisement entre le musée zoologique de Strasbourg et le Victoria & Albert Museum de Londres, d’un charme fou.

Le dîner chez Trishna, spécialiste du poisson ET de l’ail, cèle un peu plus notre amour pour ce pays de dingues. Bon, après, on a évité de parler à des gens pendant 24 heures ET on a été protégés des vampires (on l’est encore). L’ail étant méga bon pour la santé, ça aura été notre grosse excuse pour en manger une (deux) assiette(s) grande(s) comme le Brésil !

 

** PAUL **

Aujourd’hui, nous quittons la tranquillité d’une petite ville de province pour rejoindre la mégapole Mumbai (anciennement Bombay, ils ont changé le nom il y a quelques années, sans doute car ça fait pas très sérieux de s’appeler comme un alcool qui fait dormir).

Depuis les sanglants attentats de 2008 qui ont eu lieu dans cette ville et notamment dans l’hôtel où nous résidons, l’Inde a mis en place une sorte de plan vigipirate et les portiques de sécurité ont poussé un peu partout dans les grandes villes, particulièrement dans les lieux publics. Malgré l’épouvantable souvenir qu’ils évoquent, ces dispositifs de sécurité sont redoutablement efficaces pour provoquer l’hilarité. C’est donc avec un sérieux amusé que nous nous prêtons Alexandra et moi, à ces danses sans logiques qui consistent à scanner les valises sur des machines sans opérateur, à passer sous des portiques qui clignotent comme des arbres de Noël sans entrainer de réactions des armées d’agents de sécurité, à des fouilles de sacs menées sans les ouvrir, j’en passe et des meilleures.

Mumbai, la capitale économique du pays, est un mélange de modernité et de moyen âge, de station chic et de bidonville, de richesses incroyables (plus de millionnaires en Inde que dans toute l’Europe) et de pauvreté absolue (plus d’un million de gens vivant sous des toiles).
Le programme débute dès notre arrivée à l’aéroport avec la visite des slums qui entourent l’aéroport (vous avez vu Slumdog millionnaire ?). Alexandra, à qui j’ai expliqué que Mumbai était le Hollywood de l’Inde, a étrenné sa tenue number one. Comme c’est une femme très perspicace, elle voit immédiatement que ça ne sera pas compatible avec une visite de deux heures dans la boue (la mousson s’est installée depuis déjà quelques semaines dans la ville). En plus, la misère est ici visible partout et je sais que ça n’est pas ce qu’Alexandra préfère dans ce pays génial. Je reprogramme donc notre petite équipe qui m’entoure en dodelinant de la tête pour un conseil de crise improvisé.

J’irais donc seul pour une visite éclair dans le quartier de la récup’. Des centaines d’échoppes ont chacune leur spécialité : tri du plastique, des métaux, fonderies d’aluminium, fabrication de pièces de moteur, nettoyage de pots de peinture etc… Tout cela évidemment dans des conditions d’hygiène et de sécurité hallucinantes.

Je récupère Alexandra passablement saoulée et essaye de mettre un peu de miel sur la situation. Une fois installée au 26eme étage avec une vue de malade sur la mer à nos pieds, deux gâteaux « congratulations » (les indiens adorent le comique de répétition), des pétales de rose et une bonne douche, Alexandra reprend du poil de la bête et envisage plus sereinement l’idée d’un tour de la ville.

Retour à l’hôtel et diner dans un resto de malade, spécialisés dans les produits de la mer à l’ail. Un grand moment pour nos papilles sur le coup et pour nos narines jusqu’au lendemain…

 

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